1
Poèmes
Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre,
Le fond de notre coeur dans nos discours se montre,
Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments,
Ne se masquent jamais sous de vains compliments.
Molière, Le Misanthrope
1
J'aimerais dire à cette belle de fortune,
Ce qui me parle doucement, tout bas,
De cette féerie, de ces éclats de lune,
Qu'elle tient tendrement dans ses bras,
J'aimerais pouvoir moi aussi lui souffler,
A grand renfort de mots, de vers exaltés,
Ces pensées uniques, vers elle tournées,
Qui exaltent de musc et d'amours mêlés,
Il faudrait peut‐être, un jour de pure beauté,
Que je puisse enfin lui ouvrir toute mon âme,
Et que je lui parle sans détours alambiqués,
De ce qui en elle me brûle et m'enflamme,
Si je peux alors, accomplir ce prodige,
Lui tenant la main, le coeur battant,
Je serais enfin au creux de ce vertige,
Un homme heureux, aimé et aimant.
2
Ah... Si je pouvais sortir du plus profond de moi,
Le pouvoir simple de parler aux choses ici‐bas,
Assis sur l'herbe verte et grasse d'une prairie,
Flottant dans la lumière d'une fin d'après‐midi,
Je fermerais les yeux, l'esprit grand ouvert,
Le temps d'un sourire embrasserait l'univers,
N'être rien qu'une idée, légère, instantanée,
Jaillissant de mon cerveau, fragile et obstinée,
Quitter la surface des choses, de ce monde,
Abandonner pour toujours le faux, l'immonde,
Pour seul, en silence, simplement me réjouir,
Rêver au travers des tes yeux, cesser de fuir.
3
Un matin au loin tout là‐bas,
À flanc de colline, en contrebas,
Noyés parmi les cimes vertes,
Mes pas partiront en conquête,
Seul parmi ces arbres majestueux,
Enserré dans leur bras affectueux,
Je goûterai le calme et le silence,
Écho lointain de tant d'absence,
Et ce vent léger, parfumé, délicat,
Qui m'enveloppe, me parle bas,
Et puis la lumière, les couleurs,
Et puis les sons, les senteurs,
Et puis marcher sans réfléchir,
Ressentir le monde s'adoucir,
Écouter enfin son coeur, son âme,
Et sans heurts, étrangement calme,
Attendre patiemment le moment,
Ou la peur disparaît entièrement,
C'est un songe, un rêve, un désir,
L'envie simple de se faire plaisir,
Se laisser glisser, étrange volupté,
Dans cet univers immense, inoccupé.
4
Dure et douce à la fois,
Chaude mais aussi froide,
Petite, graine minuscule,
Ravie, délicate capsule,
C’était hier, ce sera demain,
De nouveau, encore un matin,
Du désespoir, à l'orée du soir,
De l’amour, qui broie du noir,
C'est tout, et ce n'est rien,
Fragile et fou, cruel destin,
Elle est en nous, âmes habitées,
La vie, qu'il nous faudra quitter.
5
J'avais envie, amour, de t'écrire un poème,
Un vrai, tu sais, un de ceux qui sans peine,
Coule de mon âme jusque dans mes mains,
Et apporte avec eux un peu de ton parfum,
Mais je ne le ferais pas, non mille fois hélas,
Car je sens dans ton corps et ta voix si lasse,
Couler une inquiétude profonde, une anxiété,
Qu’aucun de mes mots ne pourraient soigner.
6
Sous le poids de mes pieds nus chante le sable,
Cédant, pliant, crissant sous mon pas instable,
Dessus ma tête, parcourant la bleue frondaison,
Les nuages altiers passent, balayant l'horizon,
De loin en loin jusqu'à la frontière du monde,
Les oiseaux heureux, voltigent, vagabondent,
Semblant en leur vol ignorer tout de la beauté,
Qui sans fin, sous eux, écume l'océan argenté,
A perte de vue, autour de mon corps en émoi,
La plage immense, inerte étendue, s'offre à moi,
Partout des vagues, du vent, de l'eau, de l'air,
Partout de la vie, du gris, du beau et du vert,
Alors perdu, submergé par tout cet espace,
L'esprit libre je ne tiens plus du tout en place,
Et tremblent mon corps, mon être, mon âme,
Qui brûlent au contact magique de cette flamme,
Ce spectacle merveilleux, fugace et austère,
S'achèvera pour moi, tôt ou tard et n'espère,
Que de pouvoir à nouveau, encore un peu,
Goûter à ce bonheur aux travers de ses yeux.
7
Plus rien, non, ne sort de ma plume,
Devenue soudain lourde enclume,
Je la regarde, la défie obstinément,
L'appelle, sans relâche, patiemment,
Mais elle demeure muette, silencieuse,
Inerte et figée telle une image pieuse,
Elle ne dit plus mots, non plus aucun,
Des fils qui me tiennent, pauvre pantin,
Je la questionne pourtant sans cesse,
Et la pousse, et l'exhorte, et la caresse,
Pour qu'elle laisse enfin mon âme habitée,
Exprimer ce feu qui m'embrase, hébété.
8
Et tout à coup la pluie déchira les nuages,
Une eau fraîche et claire inonda la plage,
Criblant de millions de minuscules cratères,
Le sol presque désert, de sable et de pierre,
Le jour déclinait, refusant de mourir,
Et la lumière avec lui peinait à partir,
De loin en loin les derniers promeneurs,
Suivaient en silence le diktat de l’heure,
Il n’y avait dès lors, non, plus rien à faire,
Immuable, renaissait sauvage et austère,
Ce monde dessous nous, enfin immobile,
Redevenu lui‐même, honnissant le futile,
Quel merveilleux et troublant spectacle,
Que d’assister alors assis, quasi prostré,
Mains dans les poches, tête en débâcle,
A la nuit qui descend, voile enchantée.
Et entendre alors en tendant bien l’oreille,
Les murmures qui, si forts et sans pareils,
Montent de la terre, chaude et charnelle,
Chuchotant leur amour en la vie si belle,
Et presque endormi par tant de volupté,
Laisser son corps lentement s’allonger,
Blotti bien au chaud du creux d’une dune,
Le visage balayé par un vent de lagune,
Au‐dessus de moi dans le soir féerique,
S’allume une à une les étoiles magiques,
Aux lumières si douces, jaunes, orangées,
Et il fait si bon, alors, se mettre à rêver.
9
Mais d'où provient ce sentiment,
Cette douleur, vague lancinante,
Cette mer hostile et mugissante,
Qui m'obsède tant et me hante,
D'où vient donc cette obsession,
Ce désir violent, cette déraison,
Ce besoin d'absolu, cette pente,
Qui partout est en moi, me tente,
Qu'est‐ce donc que cette envie,
Qui au fond de moi bouge et vit,
Cette chose inconnue, mystérieuse,
Qui me tire, m'attire, chaleureuse,
Que sont donc tous ces moments,
Ces tourments, ces ressentiments,
D'où vient cette si épuisante rage,
Pourrais‐je un jour enfin être sage ?
10
Après tout l'enfer, le paradis, quelle importance,
Dans nos coeurs, nos yeux, nos âmes dansent,
Nos vies se déroulent, serpentent, alambiquées,
Nos amours déboulent, inattendus, compliqués,
Chaque jour patiemment nous guettons le bonheur,
Surtout ne pas être vieux sans avoir à toute heure,
Toujours cru, et ressenti au plus profond de soi,
Ce quelque chose d’immense qui en nous bat.
11
En étant direct et prolongeant mon message,
J'aimerais être demain un petit garçon sage,
Goûtant au juste prix son immense fortune,
De passer une soirée avec un éclat de lune,
Je ne sais si en ce jour pareille inspiration,
Nourrira mes regrets, attisera ma passion,
Mais j'ai aujourd'hui sur le visage un sourire,
Et dans le coeur la promesse d'un grand plaisir.
12
C'est une étendue vivante, de fleurs, de verdure,
Ou partout dans la pente, la vie est en pâture,
Ce sont des collines paisibles, délicieux vallons,
Ou une douceur tranquille s'écoule à foison,
C'est aussi tout au loin, là‐bas, dans la plaine,
De vastes prairies courant à perdre haleine,
Parcourues en leur sein d'un long serpent,
D'eau transparente essaimant des étangs,
C'est un océan de vie, ou l'herbe flamboyante,
S'offre alanguie au doux vent lancinant,
C'est montant sur leur tige, délicates opercules,
Mille et un trésors de vie, ici minuscule,
Ce sont aussi des cris, des sons, des odeurs,
Des murmures indécis, chavirant de langueur,
Des lumières magiques, douces et bleutées,
Qui éclaboussent nos yeux, rêveurs émerveillés,
J'imagine au loin baignant sous le bleu horizon,
Des arbres bruissant de leurs vertes frondaisons,
Ces êtres doux, magiques, ondoyant lentement,
Sous la caresse féerique d'un vent de printemps,
J'imagine en leurs coeurs, caché sous l'écorce,
Toute la sagesse du monde, absolu de force,
Cette douceur rugueuse qui érafle les mains,
Mais qui rassure, apaise nos âmes de terriens,
J'imagine mes bras se pressant sur leur tronc,
Et ma tête sur leur corps écoutant leur chanson,
Cette douce, légère, fragile, délicate mélopée,
Qui naît de leurs feuilles, harpes enchantées,
J'imagine depuis si longtemps cette terre,
Ces milliers d’arpents vastes comme une mer,
Ces paysages immenses, intenses, sublimes,
Ou le regard en transe se jette dans l'abîme,
J'imagine ces immensités de lacs, de forêts,
Ou chaque seconde, si pure, la vie renaît,
Ces écrins gigantesques de beauté infinie,
Ou la nature magnifique éclabousse de vie.
13
Tant de mots écrits,
Depuis lors, en vain,
Et le vide pour écho,
Le silence pour écrin,
Et l'heure qui tourne,
Lentement, au ralenti,
Riant en silence,
Moquant la vie,
Minutes longues,
Interminables,
Qui s'arrêtent,
Puis se posent,
Au bas d'une page,
Tiens, une seconde,
Encore une,
Puis une autre,
Dernier rêve,
Ultime faute.
14
Derrière la vitre embuée, la banlieue défile,
Rythme lancinant des rames ensommeillées,
Tout le monde somnole, peine et vacille,
Cherchant a tout prix a fuir cette réalité,
Ils sont grands, petits, jeunes ou vieux,
Et pourtant si semblables sont leurs yeux,
Regardant sans le voir tout autour d'eux,
Ce destin qui les broient, ces malheureux,
Ils sont plusieurs dizaines, sinistre image,
Assis, entassés, abrutis, en ce pèlerinage,
Qui de nouveau, encore, jour après jour,
Les brisent de tristesse, funeste débours.
15
C'est une étendue de sable et de pierre,
Doucement balayée par le vent du large,
Ou la vie ténue, s'agrippe et prospère,
Sous l'ombre bienveillante des nuages,
La dune est vaste, et partout éclairée,
De broussailles piquantes, clairsemées,
Ou le pas hésitant du goéland moqueur,
Cherche sans répits un peu de chaleur,
C'est aussi, çà et là, fragiles nénuphars,
Des hommes assis, pensifs et hagards,
Figés immobiles face à cette immensité,
Qui les absorbent, les avalent, hébétés,
C'est un jour qui s'achève, un jour d'été,
Un jour ordinaire, si délicatement voilé,
Qui dans leurs yeux, de rêves habités,
Lentement les portent vers l'éternité.
16
De nouveau l'encre se met à couler,
Brisant avec peine ce grand barrage,
Ce ciment épais si difficile à percer,
Qui sépare la réalité de mes mirages,
Dessus ma tête, tombant des cieux,
Une pluie froide, dure comme l'acier,
Laisse couler son liquide vénéneux,
Ses larmes de dégout sur les pavés,
Entendez-vous si fort en ce monde,
Ces océans de bruits, de fureurs,
Ou rien qui ne soient immondes,
Ne puisse prospérer en son coeur ?
17
Tant d'années,
Et puis un matin,
Le temps à cesser,
D'être assassin,
Un battement de coeur,
Une respiration,
Instant de bonheur,
Immense émotion,
Se sentir soulevé,
Presque anéanti,
Chaviré de bonté,
C'est bon la vie,
L'impossible enfin qui se réalise,
Une voix sur des tempes grises,
Des mots, des rires, des phrases,
De nouveau la vie, plus d'orage,
Et sentir, ressentir jusqu'au bout,
Que si près de soi, il est debout,
Écouter son coeur, ses pensées,
Et retisser un fil, petite araignée,
Se découvrir, se parler, s'entendre,
A défaut de se voir, se comprendre,
Etre rieur, rêveur, parfois abandonné,
Ah ce bonheur ! De m'être retrouvé.
18
J'imagine alors au détour d'une rue,
Un lieu obscur d'espaces contiguës,
Les minutes qui lentement s'égrènent,
Le temps tirant pesamment sa chaîne,
Attention, la vie dans quelques secondes,
Éclaboussera l'endroit de sa folle faconde,
Et il y aura tout au centre de cet espace,
De l'énergie en fusion auprès de la glace,
Je serais là immobile avec autour du cou,
Un trésor si précieux, un rendez‐ vous,
Une rencontre insensée, mille fois rêvée,
Avec une princesse, toute de soie emmêlée.
19
Oui, j'écris et j'essaie avec tous mes mots,
De tenter je ne sais ? Quelque chose de beau !
J'accepte le constat, mais réfute le dessein,
Car le temps nous est compté, cruel destin,
Que pourrais‐je vouloir d'autre dans ma vie,
Que d'espérer en vous compter sur un ami,
Que faut‐il donc attendre, espérer de demain,
Qui ne sois ni joyeux, ni heureux, hein ?
Je refuse juste d'admettre et comprendre,
Que pour moi, plus rien n'est à attendre,
Que mon tour est passé, funeste printemps,
Et qu'il n'y a pour moi, plus rien maintenant,
Que ni un mot gentil, un sourire, un regard,
Ne me seront plus adressés,
Et qu'il me faudra alors reprendre sans retard,
Ma vie où je l'avais laissée.
20
Un miracle insensé,
S'ouvrant à la vie,
Dans un silence glacé,
Répondant à l'envie,
Revoir, une fois encore,
Les yeux fermés,
Ces ailleurs lointains,
Au loin éparpillés,
Les odeurs d'hier,
Ombres et lumières,
Souvenirs sans pareils,
Couleurs d’aquarelles.
C'est une force brutale,
Pesante et animale,
Qui alors se soulève,
C'est un regard de pierre,
Absent et austère,
Qui plombe le présent,
D'un poids surprenant,
C'est l'immense impossible,
De raconter l'indicible,
Dire le bouillonnement,
Qui me brûle étrangement,
Quel est donc ce mystère,
Qui jusqu'a la dernière pierre,
Saura tout entier capturer,
La force de ma pensée,
C'est peut‐être un rêve,
Je ne sais même plus,
Il m'a brûlé sans trêve,
Et m'a abandonné nu,
Je ne lui en veux pas,
Car j'ai pu exister,
Respirer ici‐bas,
Croire et oser.
21
C'est l'impression qu'en y mettant les formes,
Les choses s'adoucissent, sont moins énormes,
C'est le sentiment rassurant et si confortable,
Que lorsque mes mots s'invitent à ma table,
Ma vie se transforme alors instantanément,
Et que je peux alors l’écrire comme un roman,
Que mes malheurs, mes joies, mes bonheurs,
Cessent soudain de n'être que ce qu'ils sont,
Et deviennent à la mesure de leur créateur,
Des objets de vie, de frissons, et d'émotions.
22
L’air est doux, bruissant du vent du large,
Enveloppant tout, dévorant les nuages,
Portant en lui les parfums océaniques,
Nés de l’écume des vagues atlantiques.
23
Rien ici‐bas,
En ce monde,
Ne serait pour moi,
Plus beau,
Qu'une seconde,
Avec elle partagée.
Ou dans la folie de ses yeux,
Dans la magie de ses mains,
Dans la douceur de sa voix,
Je me noierais de bonheur.
24
Déjà mille fois,
Et plus encore,
A la lumière de l'aube,
Blotti contre son corps,
Dans les nuits blêmes,
Dans les hivers féroces,
Dans tous les je t'aime,
Vivant de tant de force,
Dans chacun de ces instants,
Au milieu d'une place,
Dans un restaurant,
Sous le soleil d'août,
Dans les fumées des cigarettes,
Sa peau bronzée et douce,
Dormant sous une couette,
Son sourire incroyable,
Incroyable bonheur,
Ses mains qui volent,
Tuant les heures,
Sa voix douce, essoufflée,
Ses pas, ses cheveux ébouriffés,
Ses rires... Son sourire,
Ses soupirs,
Sa main, sa main…
Posée dans la mienne,
Serrant la mienne,
Vivant dans la mienne,
Son élégance folle,
Son port de tête altier,
Qui m’affole,
Ses humeurs,
Qui m'ensorcellent,
Son gout du plaisir,
Les vagues de ses yeux,
Ses je t'aime... moureux,
Son je ne sais pas,
Je te rapelles,
Le bruit de ses pas,
Ses jambes qui m’ensorcellent,
Et qui se serrent fort,
Quand elle fait l'amour,
Qu'elle respire fort,
Ses baisers couverts d'or,
Et puis plus rien autour,
Plus rien autour,
Plus rien qu'un rêve vivant,
Un rêve géant,
Un rêve étoilé,
Une fée s'en est allée.
25
Voilà que peut‐être, enfin, ils se réveillent,
Ces mots paresseux, longtemps endormis,
Alangui bienheureux, à nuls autres pareils,
Attendant un signal pour renaitre a la vie.
Jadis ils se battirent, toujours, obstinément,
Contre l'opprobre, la douleur et le temps,
Luttant de toutes leurs lettres, leurs pages,
Contre tous ces vents mauvais, ces nuages,
Que restent‐ils d'eux, aujourd'hui ?
De tous ces soldats épuisés, honnis,
Qui portaient tout de mon destin,
Moi, qui les créaient de mes mains.
Ils ne sont plus que des lettres lasses,
Posées une nuit d'ivresse, vie éparse,
Petits fagots de mots, secs, empilés,
Guettant un amour pour se réveiller.
26
Il y avait au milieu d'une lumière divine,
Qui coulait du ciel en grappes colorées,
Une femme irréelle, à l’humeur badine,
Marchant sur un trottoir la tête penchée,
De sa démarche fauve, presque lascive,
Du son de ses pas sur la pierre mouillée,
Des mouvements de ses bras, graciles,
Tout était harmonie, charme et beauté.
J'étais debout, au milieu de cette place,
Anéantis, au spectacle de tant de grâce,
Corps entier immobile, tout à coup figé,
Par cette vision sublime au coeur de l'été,
Dans une seconde, oui, je le devine,
Elle lèvera les yeux... Enfin, ça y est !
Et je sentirais en moi s'ouvrir l'abime,
Qui nait de sa voix, harpe enchantée.
27
J'ai pris un nuage porte d'Orléans,
J'ai volé longtemps au fil du vent,
J'ai vu des rivières, des villages,
Je me suis posé sur une plage.
J'ai pris un métro, un vieux en bois,
C’est si beau avec mes yeux d'autrefois,
J'ai vu des visages, plein de sourires,
Des reflets dans la glace m'ont fait rire.
J'ai marché longtemps, un matin,
dans le froid mordant. Mes mains
blotties au fond de mes poches,
Se serraient d'un bonheur proche.
J'ai vu l'autre jour, dans un port,
Un homme seul sur un bateau,
Il souriait et il chantait si fort,
Il chantait, D.ieu qu'il était beau.
J'ai glissé sur un pavé, un soir d'été,
Un trottoir luisant de pluie emmêlée,
Et le cul posé par terre, j'ai compris,
Que l'éphémère est le sel de nos vies.
28
Je ne suis qu’un être humain,
Rien de plus rien de moins,
En moi malheur et bonheur,
En moi colère et douceur,
Les hommes sont mes frères,
Tous sans aucune exception,
Et leur colère, en moi aussi,
Résonne, tonne pour de bon,
Je ne serais jamais un autre,
Et je ne fais la aucune faute,
Je n’ai ici‐bas rien décidé,
L’univers seul m’a enfanté.
29
Et voilà qu'aujourd'hui se présente,
Un jour particulier, nommé soixante,
Frère jumeau de tant de ceux passés,
Mais si unique dans toute sa majesté,
Presque le temps d'une vie déjà écoulée,
Des milliers de rêves et de beaux inventés,
Tant de souvenirs qui reviennent en mémoire,
Ce n'est pas rien, vivre autant d'histoires !
L'enfant que nous étions,
Que nous sommes encore,
N'aurait jamais cru trouver,
Un aussi magique trésor :-)
Qu'importe le bord de la route,
Nos défaites, échecs, déroutes,
Ils ont façonné notre chemin,
Et donné corps à notre destin,
Toutes nos rencontres, amis et amours,
Ont bâtis nos vies, jours après jours,
Et combien de rires, pleurs, émotions,
Nous ont emporté loin, c'était si bon.
Alors oui, aujourd'hui est unique,
Un jour grain de sable fantastique,
Un chiffre rond qu'il faut fêter,
Croquez son cœur chaud comme l'été !
30
Une Seine
Deux comédiens
Des fauteuils rouges
Une scène qui tangue
Et dehors rien
Plus rien qui bouge
Juste un frisson
Qui parcourt l’air
L’air de rien
Et pourtant
L’air si important
Ce frisson devient murmure
Puis musique
Et peinture
Dans un instant
Le temps se posera
Les souffles
Se retiendront
Le noir se fera
Action …
Début du spectacle dans plus d'une heure...
Le stress est là, géant, D.ieu quel bonheur !
La scène est magique, quel écrin merveilleux,
Elle seule fabrique, l'ivresse d'être heureux.
31
Un petit café,
Craignant de boire la tasse,
Attends juillet,
Et jamais ne se lasse,
La chaleur n’est pas son fort,
Il préfère l’hiver,
Quand le froid tape dehors,
Et le gel désespère…
Mais en ce jour particulier,
Plus besoin de Noel,
Pour pouvoir enfin envisager,
Un cadeau du ciel...
32
Elle est là,
Elle ne bouge pas,
Elle sourit,
Elle me sourit,
Je m'approche,
Je l'embrasse,
Deux pas de côté,
Elle s'éloigne,
Plein d'autres pas, trop...
Encore un sourire,
Avec les yeux ce coup-ci,
Ces grands yeux bleus,
Ses yeux grands ouverts,
Elle s'arrête,
Je la fixe,
Je la fixe du regard,
Pour qu'elle s'immobilise elle aussi à son tour,
Elle me regarde,
Trente mètres nous séparent,
Courir ? Voler ? Disparaitre ?
Elle me jette un baiser,
Le pose sur le vent,
Le dépose dans l'air bruyant,
Combien de temps ca mets un baiser à s'envoler ?
Est-ce que ça vole seulement un baiser ?
Oui, celui-là, oui...
Il vole comme un papillon,
Trajectoire incertaine,
Pourtant obstinée,
Ce baiser-là échappe au bus,
Aux voitures, aux badauds,
A la grisaille, au triste,
A tous les bruits,
Ce baiser-là vole en plein midi,
Je le reçois,
En plein cœur…
Ah… Ce bonheur...
Elle est toujours là,
Mes jambes tremblent,
Avril la veux lui aussi,
Alors elle choisit,
Et pars avec lui,
Le printemps a toujours raison.